Margaret Rogers
Lorsque je suis devenue nurse de la Science Chrétienne, à la fin de mes études universitaires, j’ai dû répondre au pied levé à un grand nombre de questions. À l’époque, la plupart des nurses de la Science Chrétienne portaient encore un uniforme blanc, aussi lorsque je prenais le bus pour me rendre au travail dans une maison d’accueil de la Science Chrétienne, ou pour rentrer chez moi, des passagers me demandaient souvent des conseils concernant un membre ankylosé ou les médicaments qu’ils prenaient.
Je leur répondais que j’étais nurse de la Science Chrétienne et que mes patients recouraient à un système de guérison entièrement mental et spirituel, dans lequel il n’était question ni de médicaments ni de physiothérapie. Ce qui amenait souvent la question suivante: «C’est vrai! Les scientistes chrétiens ne vont pas chez le médecin. Mais alors pourquoi avoir des nurses?»
Pour être honnête, j’aurais très bien pu me poser la question moi-même à peine deux ans plus tôt. J’ai grandi dans une famille de scientistes chrétiens, et lorsque nous étions malades ou blessés, nous avions l’habitude de prier comme Jésus-Christ l’enseigne: «…vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous affranchira.» (Jean 8:32) L’étude de la Science Chrétienne m’a appris quelques-unes des vérités fondamentales auxquelles Jésus fait allusion:
Notre Père est l’Esprit, et nous sommes en réalité des êtres spirituels: «…ce qui est né de l’Esprit est esprit.» (Jean 3:6)
Le fait de vouloir comprendre Dieu répondra à tous nos besoins: «Ne vous inquiétez pas pour votre vie… Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu; et toutes ces choses vous seront données par-dessus.» (Matthieu 6:25, 33)
La Science divine de la guérison comprise par Jésus peut être démontrée aujourd’hui: «Celui qui croit en moi fera aussi les œuvres que je fais.» (Jean 14:12)
Ces points sont au cœur même de la pratique de la guérison et de l’activité de nurse de la Science Chrétienne. Lorsque j’étais enfant, c’est la prière inspirée par ces vérités qui guérissait les membres de ma famille. Parfois nous appelions un praticien de la Science Chrétienne pour qu’il prie avec nous. Lorsque nous étions malades ou blessés, mes parents nous donnaient les soins physiques de base dont nous avions besoin. Je n’avais jamais rencontré de nurses de la Science Chrétienne avant d’aller à la faculté. Lors d’un week-end, j’ai participé à un atelier d’information sur cette activité, ce qui m’a incitée à postuler pour un emploi d’été comme aide-nurse de la Science Chrétienne. Les six années que j’ai passées par la suite à suivre une formation, puis à travailler en tant que nurse de la Science Chrétienne restent l’une de mes expériences les plus exigeantes et les plus précieuses.
Cette formation était axée sur la mise en pratique des qualités chrétiennes bien comprises selon une approche scientifique également bien comprise. Ceux qui s’appuient uniquement sur la prière pour guérir ont parfois besoin d’une aide pratique que leurs proches ne peuvent leur donner; les nurses de la Science Chrétienne remplissent cette tâche. Toutefois, il faut y voir plus qu’une aide pratique. Je dirais que l’essence même de l’activité de nurse de la Science Chrétienne, c’est la présence. Lorsqu’une maladie ou un handicap semble nier la présence, l’amour et le secours de Dieu, les nurses de la Science Chrétienne apportent la preuve vivante de cette présence.
Je dois aussi à l’activité de nurse de la Science Chrétienne une compréhension plus profonde de ce que signifie le fait d’être «scientifique» dans son approche. Pour être nurse de la Science Chrétienne, il faut obligatoirement posséder «une connaissance démontrable de la pratique de la Science Chrétienne» (Mary Baker Eddy, Manuel de l’Église Mère, article VIII, sect. 31). Cette connaissance s’acquiert par la compréhension spirituelle de Dieu grâce à une étude constante de la Bible et des écrits de Mary Baker Eddy. Il faut notamment comprendre que Dieu ne produit que le bien, et que tout ce qui n’est pas bien n’a ni pouvoir ni réalité sur lesquels s’appuyer.
La pratique scientifique implique aussi d’observer attentivement la façon dont nos propres pensées influencent un cas. Quand j’étais nurse, j’ai eu la preuve que les états apparemment physiques étaient en réalité de nature mentale, et que les idées et les attitudes spirituelles avaient un effet guérisseur sur l’esprit et le corps. Par exemple, souvent les patients qui éprouvaient des douleurs dues à une cause manifestement physique étaient rapidement soulagés quand les nurses de la Science Chrétienne leur lisaient la Bible ou leur chantaient des cantiques avec amour et conviction. Cela m’a aidée à comprendre que dans cette activité de guérison, nous avions, en fin de compte, davantage affaire à la pensée qu’à la matière, et que la Vérité divine est un remède curatif puissant.
Ce pouvoir de la Vérité porte un autre nom: le Christ. Le Christ est le message de Dieu déclarant que Sa création entière est spirituelle et bonne. Ce message est sans cesse communiqué à chacun de nous, jusqu’à ce que nous reconnaissions que nous sommes spirituels et bons. Les nurses de la Science Chrétienne ont la joie et le privilège de témoigner de la présence du Christ avec les patients, et d’exprimer des qualités chrétiennes comme le calme, l’assurance et l’amour dans la chambre du malade. Mary Baker Eddy a très bien décrit ce travail de guérison: «Les préparations de Dieu pour les malades sont des potions composées de Ses propres qualités.» (Écrits divers 1883-1896, p. 268).
L’une de mes collègues me confia un jour qu’elle priait pour savoir quelles qualités divines étaient particulièrement nécessaires dans chaque cas. Par exemple, si l’un de ses patients était découragé ou désespéré, elle s’occupait de lui avec reconnaissance et bonne humeur. De cette façon, elle était en toute conscience la preuve vivante de la présence de la bonté de Dieu. La gaieté, l’ordre, la ponctualité, la patience et la foi profonde, la réceptivité à la Vérité et à l’Amour sont les qualités énoncées par Mary Baker Eddy dans sa conception de la nurse idéale (voir Science et Santé avec la Clef des Écritures, p. 395).
Une amie de longue date a senti le pouvoir guérisseur de ces qualités lorsqu’elle a fait un séjour dans une maison d’accueil de la Science Chrétienne à la suite d’une grave hémorragie interne. Bien des années après sa guérison, elle évoque encore avec émerveillement la joie et l’amour des nurses qui s’étaient occupés d’elle. Malgré ses souffrances et les nombreux soins physiques que requerrait son cas, la joie exprimée par les nurses lui donnait envie de leur rendre un peu de cet amour et de cette gratitude. «Le moment décisif, m’a-t-elle confié récemment, fut quand j’ai cessé de ressasser mes souffrances pour penser à tout ce que les nurses faisaient pour moi avec un amour si désintéressé.» Elle a été complètement guérie, mais ce qui l’a surtout marquée durant cette épreuve, selon ses propres mots, c’est la joie et l’amour des nurses.
Comment être joyeux en présence d’une souffrance manifeste? C’est là qu’interviennent les aspects chrétiens et scientifiques de l’activité de nurse de la Science Chrétienne. Le christianisme inclut la foi dans le fait que la miséricorde et la puissance infinies de Dieu mettent en lumière la perfection totale de chacun. Comme tout disciple fervent du Christ, les nurses de la Science Chrétienne travaillent pour acquérir cette conviction et la conserver. La capacité d’exprimer la gaieté face à la souffrance commence par l’empressement à nier le moi (l’apparence matérielle de la vie) et à reconnaître que la divine loi spirituelle de la santé et de l’harmonie gouverne tout le monde, maintenant même. Il faut alors se dire à soi-même avec force et conviction: «Qu’importe ce que je vois, entends, ressens ou sens, la vérité scientifique est que cette personne est une idée spirituelle immortelle que Dieu aime et dont il maintient la perfection.» Le rejet du moi implique également de ne pas abandonner un cas difficile ou de démontrer la loi de l’amour en exprimant de la compassion envers un patient y compris quand on sent l’inspiration et la patience tarir en soi-même.
Suivre le Christ est une démarche scientifique qui nécessite de se fier à ce qui est scientifiquement prouvé, et à non à ce qui semble vrai aux cinq sens matériels. Mary Baker Eddy a découvert dans les récits des guérisons accomplies par Jésus une accumulation de preuves permettant d’affirmer que la santé est la réalité permanente de la Création et qu’on peut en démontrer la présence là où semble être la maladie. En réfléchissant et en priant pour comprendre l’enseignement de Jésus et pour vivre dans l’esprit du Christ, elle a pu reproduire, dans une extraordinaire mesure, son œuvre de guérison. Elle s’attendait à ce que tous ceux qui étudiaient la Science Chrétienne et croissaient dans l’esprit du Christ suivent le même exemple, et elle les y incitait.
L’activité de nurse de la Science Chrétienne joue un rôle essentiel dans la guérison. Nous sommes tous appelés à être la preuve vivante de la présence de Dieu auprès des autres. Le monde est redevable aux nurses de la Science Chrétienne d’accepter de relever ce défi tous les jours, avec calme, humilité et joie.